LE THEME CACHE DE L’INACHEVEE

Si l’érotisme est l’art de suggérer sans dévoiler, alors pourrions-nous qualifier de porno trash cette oeuvre de Godowsky, tant son titre ne suscite de mystère : Passacaille – 44 variations, cadence et fugue sur l’ouverture de la Symphonie Inachevée de Schubert. Autrement dit, Si – Do # – Ré – Si – La – Fa # – Sol – Ré – Do # – Fa # – Si, répété 44 fois, cadencé puis fugué…

 

 

A défaut de nous choquer, le parti pris de Godowsky a de quoi surprendre. Pour quelle raison répéter 44 fois ces 11 notes ? Cette question est rendue d’autant plus forte que ce thème introductif apparaît finalement bien anecdotique, comparé à la puissance de ceux qui lui succèdent.

Thème Introductif

Si – Do # – Ré – Si – La – Fa # – Sol – Ré – Do # – Fa # – Si

Thème 1

N’y aurait-il pas un petit air du Lac des Cygnes ?

Thème 2

Pour info, c’est la première fois dans l’histoire de la musique qu’un grand compositeur utilise la valse dans un mouvement symphonique.

 

Thème et vanités ?

Peut-être pouvons-nous voir en Godowsky une posture toute Beethovenienne, comme s’il nous disait, à l’image des Variation Diabelli : « Cette ouverture, ces quelques notes, moi, Godowsky, vais-je lui dédier 44 variations, toutes érigées en sommet de virtuosité ». Si tel étais le cas, alors nous pourrions rebaptiser ces 44 variations en 44 vanités.

Oui mais voilà, Monsieur Godowsky est un artiste bien trop intègre, et ces vanités ne sont que merveilles. Ainsi chaque variation s’émancipe de la précédente à travers un renouvellement expressif continu. En ce sens la forme obstinée de la passacaille s’efface au profit de l’inventivité du compositeur, devenant davantage un cadre psychologique suggéré, plus que martelé… Retour à l’érotisme.

Enchaînement de 4 variations en 55 secondes

Ombrageuse, Tempétueuse, Apaisée

Tour à tour sensuelle, indolente, révoltée… Interrogative, ombragée puis rêveuse… Enchantée… Amoureuse… Ce qui semblait-être au début qu’un simple et impétueux défi technique devient un laboratoire sonore et expressif. A défaut de créer un malaisé carcan, cette répétition perpétuelle nous conduit vers une hypnotique transe.

 

Libéré, délivré….

Evidemment ceci ne rendra que plus exalté le moment de la délivrance, instant où le carcan ainsi répété explosera, pour laisser place au thème si fameux de la symphonie.

Arrivée sur le thème 1 de la Symphonie Inacheée

 

En ce point la musique est devenue magie, et ainsi hypnotisée, notre perception s’en retrouve bouleversée… Désormais les choses sont claires et l’écoute de l’oeuvre inspiratrice ne fait que confirmer notre impression. Cette ouverture, ces quelques notes, ce bout de rien est bien plus important. Finalement cette cellule introductive est ce par quoi tout le mouvement trouve sa transfiguration. Elle en est le centre dramatique.

Une introduction devenu centre dramatique

C’est ainsi que voulant révéler la puissance de ce thème finalement caché, Godowsky s’est attelé à l’écriture de cette oeuvre d’apparence si curieuse : Passacaille – 44 variations, cadence et fugue sur l’ouverture de la Symphonie Inachevée de Schubert, pour révéler par la musique ce qui nous était caché…. Finalement ceci n’est pas de l’érotisme… Simplement de l’amour.

 

Leopold Godowsky – Passacaille : 44 Variations, Cadence et Fugue sur l’Introduction de la Symphonie Inachevée de Schubert

 


 

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A bientôt 😉

Jürgen

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